08/06 : Jour 4 : Mercredi…c’est le jour des enfants !

6h14 : Réveil. Brrr fait froid. Mes cheveux sont gras. Tant pis, pas motivée pour les laver à l’eau froide au réveil. Ce sera cheveux attachés aujourd’hui !
7h25 : Andry arrive. Il est toujours en retard. Le « toujours » me plait beaucoup car nous sommes là depuis seulement 3 jours. Remarquez si je devais me faire 5km à vélo tous les matins, je serais sûrement encore plus en retard que lui, transpirante…et de mauvais poil !
7h30 : Arrivée au portail. Constat : Moins d’enfants que les deux jours précédents. Se lasseraient-ils déjà ? Ou ont-ils seulement peur d’être en retard ?
7h45 : Cours sur la localisation et l’orientation. Moi qui confonds ma droite et ma gauche, génial !
Berthine, la directrice a fâché le petit garçon qui m’avait dit « Toi t’es maudit »…Hors il n’avait pas du tout dit ça mais « Tu es puni, tu peux pas sortir ! » en malgache et il parlait à son copain que j’avais mis au coin. Autant dire que je sais comment me faire des amis dès le deuxième jour. Je me suis donc excusée en malgache « Azafad tziazouko teninao mali » qui signifie « Pardon, j’ai mal compris ce que tu m’as dit hier ». Il a confirmé qu’il acceptait mes excuses et n’était pas fâché. Faaaauuuuxxxx !!! Mais je le découvrirais par la suite…En attendant, après 3 jours à passer de classe en classe dans une désorganisation absolue, nous avons mis en place un emploi du temps pour organiser notre temps d’intervention avec les professeurs.  5 classes, 3 volontaires, 6 heures de cours par tranche de 30 minutes…Pas besoin d’avoir fait Mat’sup pour comprendre qu’il va y avoir un problème !
13h40 : Je le fais, je suis prête. Je me lave les cheveux à l’eau froide à J+5, en un seul shampooing.
Ce soir, nous avons tenté de la cuisine expérimentale : Avocat, thon et soupe de nouilles,…hummm, ça nourrit, c’est tout ce qu’on demande.
A J+7 de poils (Oui, je n’ai pas trouvé le temps de m’épiler avant de partir), c’est pas beau à voir. Je rêve déjà de mon épilateur, de ce petit bruit de moteur… Ahlala, est ce que l’épilateur solaire existe ? Je pense qu’ il y a un vrai business à se faire avec les touristes et humanitaires.
21h : Dodo. J’ai l’impression d’avoir 8 ans à aller me coucher aussi tôt. Le pire, c’est que je serais incapable de veiller, je suis claquée !
22h : Expédition toilettes nocturne. Nous partons à la queuleuleu avec nos lampes frontales. « Groupiert ! Restez Groupiert »
Première nuit complète, sans coupures, dans notre nouvel environnement 🙂

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07/06/2011 : Jour 3 : Mardi, deuxième jour d’école !

Levé difficile, nous sommes en retard…Heureusement, ici aussi on tolère le petit quart d’heure parisien !
Après 46 Manao haona le long du chemin, nous arrivons à l’école. Berthine me met la main dessus : « Alors maintenant tu prends mon cours ? Tu fais l’épicerie »

Dur de décliner même si rien à voir avec les sujets évoqués la veille. Alors à l’épicerie on trouve de la nourriture, des bonbons, des bougies, des congelés,…Oups ben non sans électricité, pas de congelés. Dans le village, personne n’a d’électricité, nous ne sommes pas encore reliés.
L’épicerie est ouverte presque 24h/ 24 et c’est plus cher que les grandes surfaces…Comme chez nous 🙂 Donc une grande surface c’est un peu comme le Shop it d’Antananarivo mais en plus grand… ça ne dit pas grand-chose aux enfants, dans le village ils font leurs courses à l’épicerie. Note pour plus tard, passer dans une épicerie, ça m’évitera de faire des bourdes ! L’aide de Berthine m’ait très précieuse pour traduire en malgache mes propos afin que les enfants comprennent. J’utilise également le tableau, rien de tel qu’un dessin (même pas très bien fait) pour se faire comprendre. D’ailleurs, note pour plus tard, prendre des cours de dessin, je déclenche beaucoup trop de rires quand Berthine explique ce que j’ai tenté de représenter. Je me dis que si certains enfants ont comme moi une mémoire visuelle, ça peut favoriser la mémorisation.
Les enfants sont très sages et respectueux avec leurs professeurs (dans une classe pouvant aller jusqu’à 70 enfants c’est indispensable ! Et dire que nos profs en France se plaignent avec 35 élèves…On va leur offrir un stage à Mada, juste pour qu’ils apprennent à relativiser) , mais dès que ceux-ci s’absentent, ils restent calmes les 5 premières minutes et après, c’est l’anarchie !
Normal, ce sont des enfants, ils ont envie de jouer. Inutile de dire chut ou de mettre le doigt sur la bouche et attendre le calme car…ils vous imiteront et en rigoleront après 😉 Je suis plutôt non violente mais un bon coup de bâton sur le bureau est beaucoup plus efficace…et vous évitera d’être aphone à la fin de la matinée 😉
Ce matin a été un peu mouvementé par l’arrivée des membres d’une équipe, qui aident les gens ici. Ils ont financé la création de notre maison pour accueillir des volontaires lors de missions ponctuelles. Ce matin, ils sont venus pour la cantine. Celle-ci a lieu les mardi et jeudi et est financée également par cette même équipe. C’est une distribution de maïs cuit au lait avec du sucre, très étrange, car en France, nous mangeons plutôt le maïs en salade. C’est très consistant et pas mauvais… Ca ressemble un peu à un porridge…au maïs. Les enfants sortent en rang, classe après classe et font la queue avec leur cuillère à la main. Une fois servis, ils vont s’asseoir par terre dans la cour…et engloutissent leurs bols. Cette cantine est un moyen de s’assurer que tous les enfants mangent correctement et à leur faim ces deux jours. Deux jours sur cinq, no comment.
Après la cantine, la directrice est partie pour s’occuper d’affaires personnelles. Je me suis donc retrouvée seule à gérer sa classe…moi qui ai un vrai don avec les enfants, c’était une expérience limite…traumatisante. Nous sommes sortis dans la cour pour répéter la chanson de la kermesse, car les enfants vont devoir chanter et danser.
L’idée est d’organiser une kermesse avec un spectacle le dernier week-end avant notre départ pour que les parents puissent voir ce que nous faisons avec les enfants. Ce spectacle va être le premier. Les années précédentes, les autres volontaires avaient organisé une kermesse avec des jeux et des lots.
Pour que le spectacle soit parfait, il va falloir s’entraîner presque tous les jours. Nous apprenons une chanson à chaque classe avec une chorégraphie. Je travaille avec les petits et les CM2. Les petits (CP) feront « ainsi font font »  avec des mouvements simples et les CM2 « Il était un petit navire », qui bien que ça vous semble simple soit compliqué…Allez expliquer hunier et courte paille…Avouez, combien d’entre vous ont ouvert un deuxième onglet et googelisé « hunier » 😉 En tout cas, les enfants m’ont regardé très bizarrement quand nous avons travaillé sur le couplet de « celui qui sera tiré à la courte-paille sera mangé »…Non, je vous promets les enfants, on ne fait pas ça en France 🙂
La choré des tout petits est de se mettre en ligne et de faire des mouvements avec les mains, les pieds et la tête.
A cause de la barrière de la langue, les enfants formaient un cercle autour de moi et ne respectaient pas du tout le principe des lignes : Patience, pas d’énervement, on reprend. Au bout de 30mn de n’importe quoi, je les ai ramenés en classe. La sonnerie de 13h a été une libération. Les enfants ont commencé à sortir et un petit me regarde en disant « Toi t’es maudit ! »
– Quoiiiiiiiii ? Pardonnnn ? – Non mais je rêve ! Moi qui crois à la sorcellerie, aux malédictions, aux rites vaudou etc…Grosse frayeur ! Et si j’étais vraiment maudite ? S’il m’avait ensorcelé ?
Je rembobine. Comment ceci a-t-il pu se produire ? Est ce que j’ai bien compris ? Il semblerait que les malgaches croient beaucoup à la magie, la sorcellerie et consulteraient un razana pour toutes les décisions clés : mariage, construction,…Après est ce encore vrai aujourd’hui, je ne sais pas.
Tout ça est arrivé car en classe deux enfants se sont battus. J’ai dû les séparer et les punir. Trop facile d’ailleurs d’expliquer à un enfant pourquoi ce qu’il a fait n’est pas bien dans une langue étrangère !
C’est un des deux enfants qui m’a dit ça. Nœud dans le ventre, je veux rentrer.
A midi, nous avons déjeuné des carottes pommes de terre…moi qui voulais me mettre au régime végétarien…voilà qui est fait, merci andry 🙂
L’équipe est passée au centre de vie, et tels Mac Gyver, ils ont « essayé » de réparer notre chasse d’eau « fuyante ».
– C’est bon les filles, on a échangé le robinet avec les toilettes d’en bas, ça ne devrait plus fuir.
– HEu, les toilettes d’en bas sont celles du gardien principalement, il va être aussi embêté que nous ! Vous n’avez pas résolu le problème, juste déplacé 😦
C’est tombé dans l’oreille d’un sourd
– Pour votre problème de lampe solaire qui se décharge très vite, il faut la mettre bien au soleil et le problème sera réglé.
Mouhahahah, bien sûr on n’y avait pas pensé, merci les garçons !
Verdict : La lampe a tenu 20 minutes et les deux toilettes fuient.
Après le déjeuner, nous avons donné un cours aux professeurs via le jeu du « Petit Bac » afin de leur donner du vocabulaire. Le seul problème de ce jeu réside dans la découverte de vocabulaire qui ne leur servira …jamais comme avec la lettre L / La luge…d’ici qu’il y ait de la neige à madagascar ! Et bien faux, erreur, préjugé,…Il neige parfois à Madagascar, au mois d’août. A cette période chez eux c’est l’hiver !
A 16h pétantes, les profs sont partis. Ils nous semble qu’ils ne sont pas très enthousiastes à l’idée de passer deux heures de plus chaque jour avec nous à pratiquer leur français. C’est également la première année que des cours sont donnés aux professeurs car l’année dernière les volontaires étaient venus en juillet/ août et c’était les vacances scolaires donc ils n’étaient pas en relation avec les professeurs.
Nous avons comme première impression d’être venues pour faire à la place de, plutôt qu’avec les professeurs. En tout cas, moi qui avais un léger doute sur ma volonté de me reconvertir pour enseigner à des enfants, plus de doutes, je laisse ça à des gens expérimentés !
18h, le soleil se couche, je ferme les volets. En France, les volets ont des poignées, enfin quand il y a des volets. A Paris, nous sommes adeptes des rideaux. Ici non, enfin à la maison non, des volets et pas de rideaux ! Pourquoi faire simple alors qu’on peut faire compliqué ? Les volets s’attrapent par les fixations et comme la menuiserie visserie a travaillé à cause du temps, il faut secouer les volets dans tous les sens avant de réussir à les fermer. C’est mon petit quart d’heure sportif du soir,…;-)
Ce soir, j’ai préparé à dîner et nous nous avons bu quelques bières, enfin de manière très rationnée car à l’épicerie du village, les bouteilles font 75cl et pas 33 ni 25 donc c’est une bouteille à 3.
D’ailleurs dans les discothèques (oui, je viens de province), ils proposent 25 ou 75 cl….pas de juste milieu, je vais encore avoir une occasion d’être classe 😉
Minuit : Bzzzzzzzzzzzzz…Les filles ? Les filles ? Vous avez entendu ? Qu’est-ce que c’est ? Il y a une bestiole dans la chambre ! Attention, à 3, on allume nos lampes frontales, on regarde et SURTOUT, aucune ne sort de la moustiquaire. 1, 2, 3,…lumière ! Les lumières des lampes se reflètent partout dans la chambre.
– Tu as quelque chose ?
– Non.
– Et toi ?
– Non…Ok on éteint et on rallume.
Notre petite mascarade a duré une trentaine de minutes. Je me suis sentie très occidentale à cet instant voir très égale à moi-même car à Paris aussi je traque les moindres bruits. Et d’un seul coup, ces moindres bruits deviennent des histoires….et là généralement, il y a soit quelqu’un dans l’appartement, soit quelqu’un qui essaye de rentrer,….bref, les bruits la nuit ça m’angoisse ! Et quand il n’y a pas de bruit du tout, c’est pire !
Quatre heures : Les fiiiiiillllllesss ! Debout, il y a une tempête dehors…mince le linge ! Vite dehors toutes, en pyj avec nos lampes frontales. Et dehors, une charrette tirée par des zébus passe sur un petit pont. No comment.
Nous nous sommes recouchées sans dire un mot. Inutile, nous étions honteuses.

06/06/2011 : Jour 2 – La rentrée des classes

6h30 : Réveil loupé. Direction douche, plus d’eau…et vive la lingette.
7h15 : Café clope en catastrophe avant de partir à l’école.
7h30 : Notre escorte nous attend derrière la barrière. Il doit y avoir une dizaine d’enfants. Plus nous remontons la rue vers l’école, plus des enfants se joignent à nous. Seuls des tout –petits nous scrutent à l’entrée de leur maison et crient « Vazahaaaaas » avant de se réfugier en courant dans les jupons de leurs mères. Nous apprendrons par la suite que les « vazahas » sont pour les enfants malgaches ce que les « croques mitaines » sont pour nous, sympa comme tout. Le seul avantage de tout ça les premiers jours résidaient dans la peur que les enfants avaient de nous et qui nous offrait plus d’intimité.
7h45 : Me voilà parachutée dans la classe de CP1, les plus petits qui ont entre 5/ 6 et 8 ans. Ils sont 33 en classe. 2 à 3 enfants par banc. Les salles ne sont pas chauffées. Au sol du béton. La majorité des enfants sont pieds-nus. Leurs vêtements ne sont pas très propres et comme c’est l’hiver (au moins de juin, et oui mais ça n’a rien à voir avec nos hivers. Ils ont des matinées et soirées fraîches voir froides, maximum 10° mais en journée, les températures montent jusqu’à 28°C), tous les enfants sont enrhumés. Leurs petits nez coulent et leurs mouchoirs sont leurs manches de pulls dans le meilleur des cas, sinon ils reniflent à tout bout de champ pour « faire remonter la grand-mère au grenier » comme disait mamie. Les toilettes sont de la terre battue derrière un muret. Il n’y a pas de sanitaires, ni fontaine,…rien. Le puit est à sec, un autre projet « en cours ».
Immersion immédiate, le professeur m’invite à prendre tout de suite sa classe en main car elle a des cours à corriger. Ok ! Mais alors le principe de cette mission n’était pas de travailler en binôme avec les professeurs pour qu’ils découvrent et bénéficient de notre savoir-faire et pédagogie (Ouhlala, la classe !) tout en pratiquant leur français ? A priori non, loupé.

Me voilà donc en train de leur apprendre «Ainsi font, font, font,… », debout sur l’estrade, mimant une chorégraphie spontanément inventée et rédigeant les paroles au tableau…
Intervention du professeur« Ne t’embêtes pas, ils apprennent à lire et écrire dans cette classe mais pas le français donc c’est inutile ! »
Cette intervention aurait été plus plaisante au début de la chanson plutôt qu’ une fois la rédaction finie.
Autre trait du malgache, il ne dit jamais non et ne veut pas déranger…même s’il lui arrive de le faire J
Heureusement, les enfants apprennent très vite et semblent ravis d’avoir un blanc dans la classe. Tellement ravis qu’ils ne parlent pas, ils crient ! Heu, et si on leur apprenait le jeu du roi du silence ? Pas top pour leur apprendre le français ? Je comprends oui.
Allez on répète encore une fois…Interruption nette…Un enfant s’est mis la gomme de son crayon de papier dans le nez.
– Mais bonhomme, pourquoi tu as fait ça ? Ton nez coulait et bam tu as voulu le boucher ? Tu te curais le nez ? Pourquoi tu sniffes de la gomme ?
Pas de réponse (évidemment). Enfant en pleurs, maîtresse paniquée qui me demande comment on fait maintenant.
Comment on fait ? J’en sais rien moi, je me mets pas des gommes dans le nez…Réfléchissons…Qu’est ce qu’aurait fait…Docteur Maboul ?On peut, brûler une pince à épiler et lui enfoncer dans le nez pour retirer la gomme ? Un peu délicat. Idée. Et là je mime. Doigt sur la narine droite et tu expires très fort par le nez, plus fort allez…et vlan le bout de gomme enrobé est évacué à 1m. Sourire de l’enfant. Remerciement du professeur. Applaudissements de la classe. « Marinette, ce héros ».
Grâce à cet acte « médical », j’ai eu le droit de me poser au fond de la classe pour les observer. Leurs journées de classe sont très longues : 7h30 – 13h avec des matières différentes toutes les 30mn, pour « garder » leur attention mais bon, même la mienne, qui suis adulte, 5h30 d’affilées c’est difficile. Avec, 1 heure de sport par semaine et aucun cours créatif ou ludique et ce, faute de moyens mais aussi d’envie, et de savoir-faire émanant des professeurs.
Nous avons donc travaillé cet axe avec le chant, le dessin, les mimes,…mais en un mois, les enfants n’ont pas eu une heure de sport. Comment demander à des enfants de s’impliquer, de travailler, de rester motivés quand même les professeurs ne sont pas rigoureux dans le respect des matières ?
A 13h, nous sommes rentrées avec les enfants du village. Pause déjeuner.
14h30, arrivée des professeurs. Nous nous présentons. Ils sont tous mariés, parents et âgés entre 23 et 51 ans.
Bien, à mon tour : célibataire, sans enfants, 31 ans et…chômeuse, autant dire que je me sens tout à fait à l’aise 😉
Au vu de la motivation de tous, nous avons négocié le vendredi après-midi « Free », nous pourrons ainsi après l’école vaquer à différentes occupations ou partir en week-end. Nous constaterons par la suite que l’assiduité à ces cours de l’après-midi est la dernière préoccupation des professeurs. Ceci étant lié au travail donc à l’argent et à l’alimentation. La maîtrise de la langue française passe bien après. Ce qui peut être compréhensible car dans leurs cas, à part une satisfaction personnelle à mieux parler et mieux enseigner dans cette langue, il n’existe pas d’autres avantages.
Après leur départ, nous avons préparé nos cours du lendemain. Au programme :
– Le visage/ Le corps : Un petit Jacadi a dit…et les enfants vont s’amuser, enfin, si je parviens à leur expliquer que Jacadi est un vicieux qui demande de se toucher les yeux alors que lui se touche le torse. Un, deux, trois,…L’embrouilleJ
– Le cycle de la vie/ Distinction filles/ garçons : En France on appelle ça l’éducation sexuelle et je n’ose pas imaginer l’image que les parents vont avoir de nous quand leurs enfants expliqueront que ce sont les blanches qui leur ont appris pénis, vagin, fesses, poitrine,…La classe ! 😉
– Les services publiques : Alors pôle emploi, les impôts,…Ah non, bien sûr ! Vous avez quoi comme services publiques ?
– L’orientation/ La localisation : Trop simple, tu prends ton smartphone, tu google maps et hop, plus qu’à suivre la flèche. Non ? Il faut retravailler les points cardinaux ? Mais qui se dirige au soleil ou à la boussole ? Vous ? Super, je vais apprendre des choses en même temps !

05/06 : Jour 1 – Acclimatation

7h30 : Levé. Première nuit sous la moustiquaire. Inspection du corps : pas de piqûres visibles ce matin. Je devrais peut-être attendre d’avoir pris mon café pour vérifier.

Mise en marche du gaz, ouverture du robinet, pas d’eau,…faut aller pomper au puit,… qui est dans le jardin. Sortie en pyjama (hé oui, on reste élégante même à Madagascar) et un, deux, un deux,…comme la pompe fait du bruit, les villageois sortent de chez eux et me regardent pomper, VDM. 10 minutes plus tard, je suis en nage, j’arrête. Je lance la préparation du café et je file sous la douche…glacée…Argh, je ne pensais pas que mon ventre pouvait rentrer à ce point-là dans mon corps et que mes doigts de pieds pouvaient devenir blancs si rapidement. Fin de la douche, je m’essuie avec ma serviette séchage express mais sensation torchon du Vieux Campeur. Habillage rapide…et mince, rien d’élégant pour la messe, tant pis (passage cuté pour maladresse générant des polémiques). Petit café…Pouah…J’ai fait bouillir l’eau dans la même casserole que le riz bouilli de la veille, ce n’est pas bon du tout.

8h30 : Nous sortons de la maison avec nos sacs cachés sous nos tee-shirts, super discrets…Au cas où ils (les villageois) essaieraient de nous voler nos affaires. Les deux fillettes de la veille sont plantées dans le jardin. Elles nous attendent pour aller à la messe. Nous passons la barrière et là, des dizaines d’enfants sortent des maisons et nous accompagnent jusqu’au temple. En chemin, nous nous arrêtons à une épicerie pour faire de la monnaie car ici, ils font la quête plusieurs fois dans une même messe. Plus tard nous comprendrons que c’est parce que leurs messes durent…4h !!! Je n’aurai qu’une chose à dire : on est croyant ou on ne l’est pas. Nous arrivons à l’église à 9h et nous nous glissons à l’intérieur alors que tous les villageois nous dévisagent.  Nous sommes blanches donc nous avons le droit de rentrer les premières, super pour une entrée ni vue ni connue et une bonne intégration au sein de la population locale ! A l’intérieur, se trouve une grosse sono, connectée à des micros. Les bancs sont plus petits que ceux de nos églises, moins large et surtout plus serrés. Les malgaches n’hésitent pas à se coller les uns contre les autres voir à s’entasser. Non, non le mot n’est pas trop fort, à 8 sur 3m de banc on n’est pas très à l’aise. La proximité, limite la promiscuité n’est pas un problème. Rien de tel que la chaleur humaine (et les odeurs corporelles…l’un ne va pas sans l’autre). La messe s’ouvre sur les enfants du catéchisme qui entament des chants religieux en malgache, puis le pasteur commence la messe…toujours en malgache. Il nous invite à prendre nos bibles et à lire avec lui. Personnellement, j’ai fait du play-back parce que lire du malgache le lendemain de notre arrivée alors qu’il n’y a que 21 lettres dans leur alphabet, ils n’ont pas les C, Q, U, W et X. Le v se prononce f, le o se prononce ou selon son emplacement dans le mot, les a en fin de mots se prononcent rarement,…devenait un plus gros challenge que celui de Tom Cruise dans Mission impossible.
Nous étions en mode « vigilance extrême « , ne pas stopper le playback, sous le moindre prétexte car tous les malgaches présents faisaient une tête de moins que nous, donc nous sortions du lot et nous étions les seules 3 blanches de l’église donc tous les regards étaient fixés en permanence sur nous et le moindre de nos faits et gestes.
Au bout de 2h30 de messe, Mollassone s’est rappelée ne pas avoir coupé le gaz à la maison. Nous tentons une négociation avec Berthine pour s’éclipser.
– Mais vous revenez après ?
– Oui bien sûr, on manquerait le reste de la messe pour rien au monde.
Impossible de sortir discrètement. Toute l’église nous suit du regard. Ils se demandent où vont les « vazahas ». Nous voilà entrain de couper à travers champs, accompagnées de Yannie. Nous remercions Berthine d’avoir insisté pour que Yannie nous accompagne car nous nous sommes faites suivre et siffler par des hommes (Ok ils sont peut-être moins difficiles qu’en France) et étrangement, la présence d’une enfant malgache de 11 ans rassure.
Inquiétude injustifiée puisque nous découvrirons par la suite que les malgaches sont peureux et plutôt timides.
Au bout de 4 heures de messe, nous sommes allées visiter la petite bibliothèque attenante à l’église. Quelle ne fut pas notre surprise quand nous avons découvert une pièce de 5m² avec des étagères murales et deux tables d’écoliers. Sur les étagères, il y avait des « guide du routard » pour la Suède, l’Autriche,… A côté se trouvait des cassettes audio et CDs. Nous voilà confrontées aux problèmes du don. Quel intérêt pour ces populations qui ne satisfont pas les besoins primaires de lire des « guide du routard » ? Quel intérêt d’envoyer des éléments multimédia alors qu’ils n’ont pas l’électricité ni de lecteurs pour les utiliser ? Donner oui mais donner intelligemment.
Nous sommes ensuite rentrées au centre pour déjeuner.  Nous avons retrouvé le poulet cuisiné de la veille et un plat de pâtes dans le placard. Et oui, comme il n’y a pas d’électricité, il n’y a pas de frigo,…adieu lait, jus de fruits frais, yaourts, fromage,…Je suis médisante, nous avons quand même pu manger du beurre, que nous laissions en permanence dans une coupelle remplie d’eau froide. Du fromage également, de la vache qui rit, qui se conserve très bien à température ambiante. Nous avons offerts une assiette à Rafy afin de ne rien jeter. Il a mangé assis sur le bord de la terrasse. Il n’a pas souhaité s’asseoir dans la cuisine. Rafy est notre gardien, il habite dans la maison à l’année. Il la garde. Il a un matelas en mousse posé dans une pièce fermée (volets et portes) où le riz et les vélos sont entreposés. Il est rarement là la journée, sauf quand il doit effectuer des travaux : construction d’un petit muret par exemple,…Il ne rentre que le soir et repart très tôt le lendemain matin.
Rafy est marié mais son travail l’empêche de dormir avec sa femme. Il l’accepte, c’est un travail peu fatiguant et bien payé.

Les fillettes sont venues nous chercher à 14h30 pour partir en balade afin de découvrir le village et ses alentours. En chemin, nous avons croisé Sophie, la maman de Yannie. Sophie a 28 ans. Elle est mariée mais ne travaille pas. Son mari subvient à leurs besoins. Sophie nous invite à entrer chez ses parents quelques instants. Nous traversons une passerelle (rien à voir avec un pont-levis)  et entrons dans une petite cour. Cinq ou six oies s’approchent en cacardant. Courageuses, nous nous faufilons par la petite porte de la maison sans demander notre reste. Là,  nous prenons un escalier étroit en colimaçon d’une dizaine de marches. Le plafond doit être à 1m85. Nous avons constaté que plus les gens sont riches, plus les plafonds sont hauts. Même si globalement son utilité n’est pas justifiée puisque les malgaches sont plutôt petits (1m75 pour les hommes). Nous entrons dans le salon, une pièce de 6 ou 7m² avec deux canapés, deux fauteuils et une table basse. Au début, nous étions huit, les filles et moi, Sophie, Yannie, Angutine, Jean-Baptiste (le père de Sophie) et Jacqueline ( la mère de Sophie). Au bout de quelques minutes sont arrivées les deux sœurs de Sophie, leurs 3 enfants et la cousine et son bébé. Et dire qu’on se plaint de ne pas avoir de place à Paris !
Jean-Baptiste a posé une bouteille sur la table. A cet instant, nous nous sommes regardées avec les filles en se demandant comment nous allions faire car nous ne pouvons boire que des boissons décapsulées devant nous afin d’éviter la tourista. Le « pschiiiit » à l’ouverture nous a soulagés. Nous avons partagé une bouteille de bonbons anglais de 75cl à 15 avec 8 verres et tasses. Note pour plus tard, leur offrir un service à vaisselle.
Jean-Baptiste parle un peu français car il a connu la colonisation. A chaque fois que nous lui posons une question, il commence par « Oui. La réponse à cette question est facile » et cinquante pour cent du temps, il répond à côté mais voir le plaisir qu’il prend à nous recevoir, à partager avec nous alors qu’ils ont très peu nous force à (de ?) constater que ce qui compte c’est l’humain, la chaleur humaine, le plaisir d’être ensemble et de partager.
Une heure plus tard, nous reprenons notre balade en saluant tous les villageois d’un « Manahona hanoa tupko », nous filons le long de la berge pour prendre une pirogue. Le piroguier attend que nous soyons au complet pour partir. « Au complet ? C’est-à-dire ? » Un couple monte avec son vélo, une femme avec son sac de riz, des enfants, des étudiants…Mais combien de personnes vont monter là-dedans ? Nous voilà fixées, au complet veut dire en surpoids, en excès, trop de personnes, d’animaux… La pirogue tangue, à droite, puis à gauche. Les poids se répartissent naturellement, l’habitude certainement. Nous voilà parties. Je ne bouge pas, ne respire plus et pense au septivon qui m’attend au centre au cas où je tombe dans cette eau boueuse à priori habitée par des sangsues ou autres charmantes bestioles et polluée par tous les déchets qu’ils jettent à l’embouchure.
A peine arrivées de l’autre côté de la rive, nous faisons demi-tour pour rentrer avant le coucher du soleil. Le piroguier nous regarde étrangement : « Croient elles que c’est un manège où on passe d’une rive à l’autre ? » En chemin, nous croisons des troupeaux de zébus et leurs petits maîtres qui les mènent aux bâtons. Premier pipi en plein air, pipi surpris par un troupeau de zébus. Je ne me suis jamais reculottée aussi rapidement. En rentrant au centre, nous avons fait une partie de Uno avec les fillettes…Existe-t-il un jeu plus compliqué à expliquer ?
A 17h45, nouscommençons à fermer la maison pour éviter l’intrusion des moustiques…
Et puis demain matin, c’est la rentrée !!!!

Petit lexique malgache
Tzy =non [se prononce tsia]
Eny = Oui [Eni]
Rahampitso = Demain [Rapitsou]
Tonga soa = Bienvenue [Tongatssou]
Omby = Zébu [Oumbi]
Gisa = Oie [Quissa]
Savony = Savon [Safoun]
Basy = Pistolet [Fassi]. Oui alors moi aussi je me demande pourquoi j’ai appris ce mot là 😉
Soratra = Ecriture [Souratra]
Aku = La poule [Akou]
Aku Kely = Le petit poulet [Akou kelly] ou mon petit Nyko 🙂
Moka = Le moustique [Mouk]
Tatzo moka = Le paludisme [Tatsou Mouk]
Mihinana = Manger [Mi-inan]
Misotro = Boire [Missoutre]
Mi assa = Travailler [Mi assa]
Mi chiran = Chanter [Mi chiiran]
Lobaka = La chemise [Loubaka]
Tsara be = Très bien, très joli [Tza ra bé]
Mora Mora = Doucement [Moura Moura]

Vendredi 4 Juin 2011 : Départ de Paris – Jour J

Le jour J est arrivé…Voilà, ce soir je prends mon avion pour Antananarivo. Départ à 20h45.
Ma loute et Buddy sont venus à l’aéroport, dickie et la blondee nous ont rejoints. Petite boule dans le ventre. Je suis sûre que j’ai oublié des choses, comme mon vaccin contre la rage par exemple 😉
Je n’ai plus trop envie de partir, plus trop envie de vivre 1 mois à l’autre du monde avec Lulu et Mollassone, plus trop envie de laisser mes amis et ma petite vie…Trop tard, les bagages sont enregistrés et je suis dans l’avion pour 12h de vol.
Foutue climatisation, pourquoi climatisent ils toujours leurs avions ?
Grâce à ma grande expérience des voyages, cette fois, j’ai été prévoyante et j’ai pris mon sac de couchage avec moi…Certes ce n’est pas très sexy et je ressemble à un loukoum géant mais au moins j’ai chaud !
Escale à Mayotte, des passagers descendent, d’autres montent,…la végétation est très différente. Impression de vacances, d’être dans les îles. Une heure plus tard, arrivée à l’aéroport d’Antananarivo…J’ai très envie d’une cigarette. Il va falloir attendre.
L’aéroport est divisé en 2 parties, les départs et les arrivées. Nous descendons de l’avion et longeons le bâtiment. Aucune sécurité, nous sommes en plein air. Nous récupérons nos valises. Passage aux contrôles.
– Il y a quoi dans cette grande valise ? Des choses à déclarer ? Nourriture ? Alcool ? Autres ?
– Des bouquins, ça prend de la place et des vêtements.
Regard suspect. Ne pas broncher.
– Ok, passez.
Mollassone : Comment notre contact va nous reconnaître ?
Moi : Heu, je ne sais pas,…nous sommes 3 blanches qui vont avoir l’air de chercher quelqu’un…elle va nous reconnaître !
En un instant, nous sommes passées d’une zone calme et safe à l’intérieur de l’aéroport à une zone grouillante…Des chauffeurs se sont précipités sur nous en criant « Taxi ? Taxi ? » et en essayant d’attraper nos bagages.
Ok, moi je fais demi-tour, vous envahissez mon espace vital, ça ne va pas du tout !
Au loin, une malgache, notre correspondante à priori et son chauffeur Jiji nous interpellent et font fuir les autres chauffeurs en un instant. Jiji attrape nos bagages et les mets dans le pick-up avant de les recouvrir d’une bâche…Croyez le ou non, la bâche bien arnachée surplombée par un chauffeur assis peut être plus dissuasive qu’un coffre fermé à clef !

Nous sommes allées faire du change à côté de l’aéroport. Notre correspondante a négocié le taux pour nous : 2800 ariary = 1 euro.
Quelques repères :
– Salaire moyen à Madagascar : 30 € soit 84 000 ariary
– Paquet de café : 3300 ariary
– Repas dans une gargotte : Entre 300 et 3000 ariary selon l’emplacement
– Un paquet de cigarettes entre 2000 et 4000 ariary, vendues à l’unité 100 ariary. Une clope coute plus cher que la drogue locale.
Il y a très peu de pièces, la plus petite est de 10 ariary puis 20 et la plus grosse de 50, ensuite on passe aux billets : 100/ 200/ 500/ 1000/ 2000/ 5000 et  10 000 étant le plus gros billet.
Nous avons changé 100 euros et nous sommes retrouvés avec 280 000 ariary soit une belle quantité de billet. Je suis riiiiiche, j’ai plein de billets !!! Et là c’est la panique, ça ne rentre pas dans le porte-monnaie ! Mission répartition des billets : un peu dans le porte-monnaie, dans le sac, les chaussures, le pantalon, le blouson,…Je me sens comme une gogo danseuse après une bonne soirée, le look en moins…ou alors ou une gogo danseuse qui rentre d’un trek !
Il arrive souvent, même en caisse de supermarché qu’on arrondisse à la dizaine ou centaine supérieure ou inférieure selon le cas car l’appoint est impossible à faire.

Nous sommes ensuite allés au supermarché faire les courses de bases nécessaires (Eau, lait, corn-flakes, biscottes, pâtes, café,…) et nous en avons eu pour 100 000 ariary, ce qui n’est rien en euros,  mais qui nous a semblé une fortune ! On se met très vite à la monnaie locale. Je conseille d’ailleurs à ceux qui souhaitent partir là-bas, dans un endroit reculé de la capitale, d’apporter vos petites friandises,…genre Kinder (il n’y en a pas) qui font beaucoup de bien au moral…et au palais 😉
Le centre de vie, notre maison pour le mois, est à seulement une douzaine de kilomètres de la capitale et pourtant nous avons mis plus d’une heure pour s’y rendre à cause de l’état de la piste (oui, oui, oubliez les routes à Madagascar car il n’y en a que 4 qui traversent le pays. Pour vous donner un ordre d’idée, elles ressemblent à nos nationales mais en plus sinueuses, plus vallonnées…et moins entretenues). Les malgaches ne parlent pas de routes mais de RN et de pistes…ça donne déjà un goût d’aventure !  Les limitations de vitesses vont de 10 à 60 km/h, ce qui est censé limiter les dangers et qui (r)allonge le temps passé dans les transports.
Arrivées au centre, nous avons été présenté à Rafy (notre gardien) et Andry (prononcé Ange, signifiant « pilier »,  notre cuisinier et beau-fils de Rafy accessoirement). Andry comprend et parle plutôt bien le français. Il habite à 5 km du village de Tanjondroa où nous logeons et fait les allers retours matin et soir en vélo (oui il est musclé…enfin des malgaches musclés je n’en ai pas vus, allez on dira qu’il est élancé/ svelte et non-fumeur…ce qui est indispensable pour se faire 5h de piste matin et soir) ! Chaque jour, nous déboursions 9000 ariary pour les courses au marché et la paye du cuistot (il est fortement recommandé de le payer en fin de journée afin de s’assurer qu’il travaille comme dû et non qu’il parte avec l’argent et ne revienne jamais).
La directrice de l’école, Berthine Razamananatsoa (appelée plus communément Madame Berthine suite à la simplicité de mémorisation et de prononciation de son nom de famille) est venue se présenter. Nous avons également constaté que beaucoup de malgaches avaient un prénom « vazahas » pour les étrangers et leurs prénoms malgaches. Un peu comme si je m’appelais Carina en Espagne, Katrin en Allemagne, Gretel en Suède…avec ma mémoire, je suis sûre que je serai capable de m’embrouiller moi-même ! Mme Berthine est une petite dame de 51 ans, mariée, 4 enfants. Elle n’a pas d’électricité chez elle et ne peut pas facilement manger d’aliments (trop) solides car elle n’a qu’une dent en bas et toutes ses dents en haut. Ma mère a 52 ans. Berthine semble aussi âgée que ma grand-mère. La vie est dure, les gens s’abîment. L’espérance de vie est de 60 ans là-bas. Quand je leur ai évoqué mon âge, ils étaient très surpris, voir outrés (ah non ça c’est dans les provinces françaises, pardon) qu’à mon âge je n’ai pas de mec et pas d’enfants…forcément, pour eux je suis déjà  à la moitié de ma vie !
Nous avons échangé avec la directrice sur ses attentes dans l’organisation de la mission. Le cadre : 5 professeurs, 5 classes,…jusque-là rien d’anormal, et 3 bénévoles : gloups, 2 classes n’auront pas de volontaires ? Non, on va « tourner ». Je sens la facilité d’organisation dans la rotation de bénévoles en sachant que les niveaux sont différents, les cours se font par tranche de 30mn pour garder l’attention des enfants et, le plus embêtant, je n’ai pas de montre et dans la salle de classe, impossible de lire l’heure au soleil, quel dilemme 😉
Nous nous sommes mises d’accord sur un rendez-vous le lundi à 7h30 à l’école pour le début de notre mission, mais avant Berthine a souhaité que le lendemain nous allions ensemble à la messe au Temple (Eglise Protestante). Difficile d’expliquer à un diacre (et oui ils cumulent les fonctions ici) que nous étions agnostiques pour les meilleures d’entre nous et athée pour moi donc « Bien sûr, nous viendrons demain avec plaisir à…à 8h30 ». Berthine est partie vers 16h30, nous laissant avec deux fillettes du village : Angutina et Yannie. Elles sont parties vers 17h30 et là nous avons commencé notre installation.

Comme prévu, nous nous sommes fait surprendre par la tombée de la nuit puis la nuit noire à 18h. Trop pratique d’installer des moustiquaires dans le noir ! Comme nous avions un peu peur des bruits de la maison et, admettons-le de ce nouvel environnement, nous avons mis tous les lits dans la même chambre …pas de bol pour moi, Mollassone ronflait…ce qui est tolérable au début mais qui devient rapidement insupportable lorsque cette personne vous exècre (ça semble un peu fort comme ça…mais vous serez rapidement de mon avis).
Donc nous voilà, toutes les trois à 19h, assises à la table de la cuisine en train de discuter et de noter nos premiers mots malgaches à la lueur de nos lampes frontales.

 20h30 : Ventre rempli. Gaz fermé. Pas d’électricité du tout mais des interrupteurs, prises de courant,…sûrement pour tromper le bénévole et le laisser croire que « Ne vous inquiétez pas, c’est en cours ».  Par contre, pas de chauffe-eau, là-dessus aucun doute, l’eau chaude, c’est mort, trop luxueux ! Vaisselle faite, à l’eau froide, ça dégraisse vraiment bien 😉 Bougie soufflée. Anti-palu pris…avec 4 heures de décalage avec l’horaire de la prise d’hier « Soyez bien rigoureuse avec ça !!!  Toujours le prendre à heure fixe et APRES manger ! » Si à J+1, je ne parviens pas à le respecter, inutile de s’étaler sur ce sujet par la suite. Opération dodo. Juste avant, gazage de la chambre à l’anti-moustique + brûleur anti-moustique activé+ spray anti-moustique sur les micro-parcelles de peau pouvant sortir du sac de couchage.
Et mince, on en a trop mis, impossible de rentrer dans la chambre sans tousser. Tentative d’aération avec la porte de la chambre : échec.
1ère rencontre avec le couple de guêpes géantes qui habite sur la corde à linge du balcon. Ils sont angoissants : 5 cm de long, 1 de large, de grandes ailes et un dard. On va mettre Mollassone dans ce coin là, au cas où ils s’infiltrent par les grands blancs autour des portes. Ah oui, la maison est climatisée H24 par la température extérieure, il y a des trous d’airs partout. Etre bénévole, ne veut pas dire être c…nne.
Extinction des feux à 21h30.
J’ai l’impression d’avoir 9 ans mais avec des poils et… des protubérances mammaires.

Petit lexique
Tia Carine = Je suis Carine
Veloma = Au revoir (prononcé filoum ou filouma selon les endroits, les gens)
Missoutre = Merci (prononcé missaoutch)
Manao haoana topko = Bonjour, mais avec une notion de respect (prononcé manaona toupko)

Si vous voulez connaître la suite…et savoir comment s’est déroulé la messe, dites le !!!!